 |
Community reinvestment act
En
1977, suite aux revendications des associations de quartier qui se plaignaient
des pratiques bancaires de refus de prêts à des résidents défavorisés,
a été voté le Community Reinvestment Act (CRA). Celui-ci s'intègre
dans le contexte politique et juridique de la lutte contre les discriminations
qui s'est traduit en textes de loi dans des domaines aussi divers
que l'éducation ou le travail. Dans le secteur de la finance, l'objectif
est d'assurer le fair lending, c'est-à-dire l'absence
de toute discrimination de couleur, d'origine nationale, de religion,
de sexe, de situation familiale ou d'âge dans l'accès au crédit.
Le CRA prévoit que "les institutions financières réglementées ont
l'obligation permanente et positive d'aider à satisfaire les besoins
de crédit des communautés locales dans lesquelles elles sont établies".
En application de ce principe, le CRA établit un régime réglementaire
pour surveiller le niveau des crédits, des investissements
et des services dans les quartiers à revenus faibles et modérés.
Il charge des organes de contrôle d'examiner les banques et leurs comportements
par rapport aux quartiers défavorisés et de tenir compte de cette évaluation
pour d'autres décisions. Si un organe de contrôle constate qu'un établissement
de crédit ne sert pas ces quartiers, il peut retarder ou refuser la
demande formée par cet établissement de fusionner avec une autre banque,
d'ouvrir une agence ou de développer n'importe lequel de ses autres
services.
Le CRA est une loi en perpétuelle évolution. Citons 3 changements
principaux:
- de 1977 à 1992, les données d'évaluation ainsi que la cote
d'appréciation des institutions bancaires étaient confidentielles.
L'impact du CRA était dès lors très peu significatif.
- à partir de 1992, les données d'évaluation fournies par les
banques ainsi que les notes d'appréciation des organismes de contrôle
furent rendues publiques. Dès cet instant, l'impact du CRA fut considérable
: le public était informé et les banques mal cotées se trouvaient
donc dans l'obligation de se justifier publiquement.
- en 1997, suite à la plainte des banquiers face à la quantité
démesurée d'informations que le CRA requerrait et à la lourdeur administrative
que cela impliquait, les législateurs ont décidé d'évaluer les banques
sur base des résultats atteints plutôt que sur base des programmes
mis en place (results orientation).
Leçons à tirer du CRA
L'analyse de l'application du CRA aux Etats-Unis durant ces 25 dernières
années constitue une source d'inspiration précieuse pour qui s'attache
à trouver des formules de crédit adapté en Europe. Selon différentes
études, les éléments essentiels de l'analyse sont :
- Publicité : pour être utiles, les informations sur l'impact
social des banques doivent être rendues publiques.
- Obligation de résultat : l'approche du CRA dans sa dernière
version, qui exige des banques des résultats précis tout en leur laissant
la liberté des moyens pour y arriver (" output rather than input
orientation ") doit être privilégiée.
- Incitants positifs : les sanctions négatives en cas de non-respect
constituent certainement un point de départ important pour inciter
les banques à répondre aux idées de réinvestissement communautaire,
mais celles-ci doivent avoir la possibilité d'élaborer des mesures
d'encouragement plus positives en utilisant les procédures bancaires
sociales au niveau du marketing, de la conception des produits et
des relations publiques.
- Approches quantitatives : la mise en place d'une loi comme
celle sur le CRA permet de disposer des données financières nécessaires
à l'analyse du financing gap et actuellement indisponibles
en Europe.
- Approches qualitatives : des approches qualitatives sont
nécessaires à côté des approches purement quantitatives, comme l'écoulement
de produits et services sociaux parmi les clients ciblés, car ces
dernières présentent deux grands inconvénients, d'une part l'aspect
bureaucratique de la divulgation est poussé à son paroxysme et, d'autre
part, des données laissant présager une réussite risquent de masquer
des produits inadaptés, voire mauvais, qui diminuent le potentiel
économique à long terme, au lieu de l'améliorer.
- Organe de contrôle : la mise en place d'un organe de contrôle
étatique s'impose.
- Techniques de finance sociale : les banquiers américains
se contentent souvent de donner de l'argent, à des fins sociales,
aux communautés ou à leurs groupes de pression pour les calmer, à
externaliser les portefeuilles de crédit social et à faire du sponsoring
social plutôt que du banking social, en sorte que les tentatives visant
à intégrer des techniques de finance sociale au sein du secteur bancaire
se sont faites plus rares.
- Partenariat entre intermédiaires bancaires et non bancaires
: le facteur le plus déterminant du succès du CRA a moins été le réinvestissement
de dollars au profit des collectivités que l'effet de levier que la
législation a eu sur la création de partenariats créatifs entre intermédiaires
bancaires et non bancaires locaux.
- Normes sociales de base et surveillance des conditions d'accès
aux services bancaires : un élément qui fait défaut au CRA et
qui pourrait utilement lui être adjoint consiste en une association
des normes sociales de base par rapport aux produits bancaires (plafonnement
des taux d'intérêts usuraires, contrôles des coûts imputés en cas
de non-remboursement, droits permettant de s'adapter aux situations
sociales difficiles,...) à une surveillance générale (monitoring)
des conditions d'accès aux services bancaires.
- Mécanisme basé sur la solidarité : il pourrait également
être ajouté au CRA un mécanisme basé sur la solidarité, qui, à l'inverse
du concept communautaire, ne compense pas les effets d'une recherche
effrénée de rentabilité mais intègre des considérations sociales et
collectives dans le mécanisme d'échange lui-même ; comme le coût du
recyclage, qui est directement intégré dans la vente de biens et généralement
acceptée par les consommateurs, la responsabilité sociale peut toujours
davantage être intégrée dans les produits et la demande si sa disponibilité
est garantie.
- Traitement de faveur : un autre élément qui pourrait être
ajouté au CRA est d'accorder un traitement de faveur aux banques d'Etat,
aux banques coopératives ainsi qu'aux institutions financières spécialisées
à vocation sociale si elles peuvent prouver qu'elles encouragent le
réinvestissement communautaire plus que ne l'exige la législation.
- Rentabilité : un rapport du Board of Governors of the Federal
Reserve System sur la performance and profitability des prêts
induits par le CRA, publié en juillet 2000, a montré que le taux de
remboursement de ces prêts ainsi que leur rentabilité pour les établissements
de crédit étaient élevés, ce qui contredit l'une des principales critiques
de la communauté financière américaine à l'encontre de la loi.
|
|